5 balles dans la tête

« En entrant dans l’armée, je savais que mes expériences me transformeraient, qu’il y aurait des conséquences à ce choix-là. Je suis entré en acceptant cette idée-là. Je savais que ça pouvait arriver. Quand ça m’est arrivé, je me suis dit : «Pas moi. Moi, je suis capable plus que les autres.»
Mais finalement, oui, moi aussi. »
—Stéphane Turcotte, ingénieur de combat

5 ballles

 

Des militaires vous invitent à prendre une bière avec eux. Ils ont trente ans, l’œil baveux, des tatouages de mort aux bras. Vous n’êtes à l’aise, mais curieux. Vous avez toujours cru que les soldats ne parlaient pas de la guerre, qu’est-ce qu’ils peuvent bien avoir à dire?

Vous acceptez.

D’abord, ils font des blagues, rigolent, jouent les fiers. Mais la soirée avance et, lorsqu’elle se transforme en nuit, les fantômes, la peur, les explosions, les morts surgissent.

Quels souvenirs restent-il de la rotation de l’été 2009 à Kandahar ? Comment les jeunes fantassins, artilleurs, blindés, pilotes d’hélicoptère, techniciens médicaux, policiers, ingénieurs de combat d’ici racontent-ils leurs missions?

La romancière Roxanne Bouchard nous assoit à leur table et nous faire voir, à travers une cinquantaine de récits à la fois durs et touchants, une guerre où tout n’est ni noir ni blanc, mais immanquablement kaki.

« Les mercenaires avaient tué un gars. Ou une femme. Je le sais pas, qui c’était. Ils l’avaient décapité et y’avaient mis son crâne sur un hood de char. Attaché avec de la broche. Osti, c’était dégueulasse! Le crâne se décomposait, pis ça sentait le yabe. »
—Guillaume Landry, fantassin

« Pendant que nous autres, on essaie de sécuriser les routes, d’installer des structures de vie normale pour les Afghans, sais-tu ce qu’ils font, les talibans ? Eux autres, à longueur de journée, ils inventent des façons de nous tuer ! Tu comprends-tu ? Nous autres, on pense pas comme ça. On n’est pas de même. Ça fait que comment tu peux prévoir toutes les chienneries qu’ils vont inventer ? Tu peux pas ! Mais y faudrait ! Tout le temps ! Y a de quoi rendre un homme fou ! Parce que t’es toujours au- delà de tes limites !»
—Marco Vézina, blindé

« Quand les talibans faisaient sauter une mine, ils le faisaient pas sur un terrain dégagé et ouvert. Ils le faisaient dans des endroits où c’est possible de faire des embuscades. Dans des villes, des villages, pour coincer les civils. Les gens qui vivent là au jour le jour se ramassent coincés entre les deux, entre les talibans et les Canadiens. Moi, 40% de mes patients étaient des enfants.»
—Éric Mantha, technicien médical héliporté

« Pis m’a t’dire de quoi : avant, j’croyais pas à grand-chose – le spirituel pis ces affaires-là, de Sainte Vierge, ça m’disait rien pantoute. Mais à c’t’heure, des fois, j’me surprends à prier, moi aussi…»
—Daisy Carrier, blindé

Mme Roxanne Bouchard
photo: Nicolas Tremblay

 

5 balles dans la tête

Chez Québec/Amérique.

En librairie depuis le 1er novembre 2017.

Une écrivaine chez les militaires.

 

Voir des photos et des extraits du livre ici:

 La guerre vue du ciel, avec un pilote du 430 ETAH;

Marcheur de métier, avec un technicien médical du 5AMBC;

Les prévisions de la météo locale, avec des blindés du 12RBC;

La guerre des bottes, avec des fantassins du R22R;

Entre les rangs de poppies, avec les COCIM;

L’état major veut vous rencontrer, la romancière au QG;

Aller tirer dans le clos, avec le 5RACL;

Coacher la police afghane, avec des policiers militaires;

À travers elle, avec une femme du 12RBC;

Mission impossible, avec des ingénieurs du 5RGC;

E = mv²/2 (soigner des blessés de guerre), avec des médecins de guerre.

.

17 réflexions sur “5 balles dans la tête”

  1. C’est triste de lire ça mais on sait tous que c’est la vérité et qu’il ne se passe pas une journée sans qu’il y ait un drame. Tous les soldats qui étaient là à Kandahar pour aider pouvaient bien se décourager de constater souvent que leurs efforts étaient vains. La majorité sinon tous ceux qui sont allés dans ces pays sont marqués à vie de leurs expériences traumatisantes. Plusieurs ne s’en remettent jamais. Ce livre vaut la peine d’être lu par la majorité des gens pour comprendre vraiment ce que vivent ces gens-là. Ils méritent qu’on les appuie autant que possible.

  2. J’étais sur le terrain avec eux en 2009. Je suis dans le « mood » de tourner la page mais je vais quand même acheter le livre, juste au cas où. Bravo pour l’initiative! Nos histoires méritent d’être entendus.

  3. J’y étais moi aussi (Technicien Aéronautique sur CH-147 Chinook à K.A.F.), et il m’aura été très difficile de conjuguer avec cette dure réalité (alors que ma douce moitié aurait bien besoin de ma petite épaule avec notre petit bonhomme qui grandissait dans son ventre). Surement très difficile à lire votre livre, rempli d’émotion, même parfois de dégoût face à l’humanité mais tout de même un hommage bien humble au soldat qui sont passé par ce chemin trop sinueux.

  4. Même si j’ai pensé à Gourganes en apprenant le dernier attentat à Kaboul, j’ai rugi « Les crottés! » pour reprendre l’appellation de Gerry.

  5. Fantassin du 1eR22R, j’y étais aussi en 2009 avec l’ELMO. J’ai partagé avec Martin Gagnon, le med tech, quelques passages écrits dans ce livre. J’en ai vu de toutes les couleurs sur cette roto là. Merci d’en avoir parlé pour nous qui demeurons dans le silence, car comme vous le dites, les soldats ne parlent pas de la guerre.

  6. Je viens de terminer cet ouvrage intriguant. Parce que oui, les civils se le demande ce que c’est la guerre. J’ai parfois eu l’impression d’être attablé avec ces soldats qui racontent ce qui n’est pas imaginable. On sent aussi que ce n’est qu’un survol et qu’il n’y a probablement pas assez de mots pour la décrire cette expérience. Le 11 novembre prochain, je ne verrai plus seulement ce jour que pour ceux qui sont malheureusement partis mais aussi et surtout pour tout ceux qui restent. Respect. Ce livre a raison d’être.

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